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Mécanique · Alfa Romeo

Alfa Romeo moteur Ferrari : le vrai, le faux, les modèles

Oui, un V6 Alfa Romeo dérive d'un V8 Ferrari. Non, il n'est pas construit à Maranello. Les modèles concernés et le vrai moteur Ferrari du groupe.

Par La rédaction

V6 biturbo 2,9 litres d'une Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio, capot ouvert
Le V6 2,9 L biturbo de 510 ch, architecture dérivée du V8 Ferrari F154, assemblé à Termoli.

L'essentiel

  • Modèles concernés : Giulia Quadrifoglio et Stelvio Quadrifoglio, seuls modèles à recevoir ce V6 2,9 litres biturbo de 510 ch.
  • Origine réelle : architecture dérivée du V8 biturbo Ferrari F154 (California T), jamais confirmée officiellement, assemblée à l'usine de Termoli par Alfa Romeo, pas à Maranello.
  • Le vrai contre-exemple : le V6 Maserati (Ghibli, Quattroporte) est lui conçu ET construit par Ferrari, c'est l'inverse de la croyance populaire.

« Alfa Romeo, moteur Ferrari » : la phrase revient dans les articles automobiles, les vidéos YouTube, les discussions de concession. Le problème, c'est qu'elle raconte à moitié la vérité. Oui, un moteur Alfa Romeo dérive bien de l'architecture d'un V8 Ferrari. Non, il n'est ni conçu ni assemblé chez Ferrari.

Et le vrai moteur Ferrari du groupe se trouve ailleurs, sous un capot qu'on ne soupçonnerait pas.

Oui, deux Alfa Romeo utilisent un moteur dérivé de Ferrari : la Giulia et le Stelvio Quadrifoglio

La Giulia Quadrifoglio a inauguré ce moteur en 2016 : un V6 biturbo de 2,9 litres (2 891 cm³) développant 510 chevaux à 6 500 tr/min et 600 Nm de couple entre 2 500 et 5 000 tr/min.

Deux ans plus tard, le Stelvio Quadrifoglio reprend exactement le même bloc pour devenir le premier SUV à moteur d'inspiration Ferrari, avec un chrono de 3,8 secondes au 0 à 100 km/h malgré ses deux tonnes.

Ce V6 partage un détail technique qui trahit son origine : un angle d'ouverture de 90° entre les bancs de cylindres, une configuration rare pour un V6 mais standard pour un V8. Et pour cause.

Le bloc conserve les cotes d'alésage et de course (86,5 x 82 mm) du V8 Ferrari qui équipait la California T. Alfa Romeo a longtemps affiché cette filiation sur le cache-moteur.

Une version encore plus radicale existe : la Giulia GTA, produite à 500 exemplaires, pousse le même V6 à 540 ch, allégée d'une quarantaine de kilos et dotée d'un échappement central Akrapovic en titane.

Ce moteur est-il vraiment construit par Ferrari ? La réponse est plus nuancée que le marketing

Non. Et c'est le point que la plupart des articles glissent sous le tapis. Ce V6 est assemblé à l'usine de Termoli, en Italie, par Alfa Romeo, pas dans les installations de Maranello où Ferrari conçoit et assemble ses propres blocs.

Il a été développé avec la participation d'ingénieurs ayant travaillé chez Ferrari, et son architecture dérive du V8 F154 CB qui équipe la California T, la 488 GTB ou la Quattroporte GTS.

Mais aucune confirmation officielle n'a jamais été donnée, ni par Alfa Romeo ni par Ferrari, sur une dérivation directe.

Cette ambiguïté n'est pas un hasard. Alfa Romeo a tout intérêt à laisser planer le lien Ferrari sans jamais le confirmer explicitement : cela nourrit un argument marketing puissant sans engager la responsabilité de Maranello sur un produit qu'elle ne fabrique pas.

Ce V6 n'est pas un moteur Ferrari monté chez Alfa. C'est un moteur Alfa Romeo dont l'architecture est cousine de celle d'un V8 Ferrari.

Quelles Alfa Romeo ont ce moteur, et lesquelles ne l'ont pas

La confusion est fréquente, alimentée par le fait qu'on associe volontiers « sportive italienne » et « moteur Ferrari » à n'importe quel modèle Alfa un peu véloce. Voici la réalité, sans ambiguïté.

  • Ont ce moteur : Giulia Quadrifoglio, Giulia GTA/GTAm, Stelvio Quadrifoglio, Stelvio Quadrifoglio Verde.
  • N'ont jamais eu ce moteur : l'Alfa Romeo 4C, malgré son profil de sportive pure, embarque un 4 cylindres 1750 Turbo Benzina Iniezione de conception propre à Alfa Romeo, sans lien avec Ferrari. La Giulietta ne reçoit que des blocs 4 cylindres Fiat/Alfa classiques (essence Multiair, diesel JTDm). La Mito, dont le moteur reste une motorisation d'entrée de gamme, n'a jamais approché ce type de mécanique.

Deux modèles seulement, donc, sur toute la gamme actuelle et récente. C'est un moteur d'exception réservé aux versions les plus sportives de la berline et du SUV, pas une signature technique généralisée à la marque.

Le vrai moteur Ferrari, c'est celui de la Maserati, pas celui de l'Alfa

Voilà le renversement de perspective que personne ne fait. Le V6 Maserati qui équipe la Ghibli et la Quattroporte, connu sous le nom de code F160, est objectivement plus « Ferrari » que celui de l'Alfa Romeo.

Il est conçu par Ferrari, et construit sous ses spécifications, même si le bloc d'origine remonte au Chrysler Pentastar usiné dans l'Indiana pour les besoins du groupe.

Critère V6 Alfa Romeo (Giulia/Stelvio QV) V6 Maserati (Ghibli/Quattroporte)
Nom de code Dérivé du F154 (V8 Ferrari) F160
Conception Ingénieurs d'origine Ferrari, jamais confirmé officiellement Conçu par Ferrari
Fabrication Usine Alfa Romeo de Termoli Construit par Ferrari, sur bloc Chrysler Pentastar usiné dans l'Indiana
Autres applications du bloc dérivé California T, 488 GTB, Quattroporte GTS (V8 seulement) Exclusivement Maserati

Le verdict

Sur le papier, c'est donc la Maserati qui porte le titre de « vrai » moteur Ferrari. L'Alfa Romeo, elle, se contente d'une parenté technique jamais officialisée. Le storytelling automobile a inversé les deux marques dans l'imaginaire collectif.

510 chevaux : les chiffres du V6 sur Giulia et Stelvio Quadrifoglio

Les performances, elles, ne prêtent à aucune ambiguïté. La Giulia Quadrifoglio abat le 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes pour une vitesse maximale de 307 km/h.

Le Stelvio Quadrifoglio Verde, plus lourd de ses 1 830 kg, tient tout de même le 0 à 100 en 3,8 secondes et a établi, à son lancement, le chrono de SUV le plus rapide sur le Nürburgring, en 7 minutes 51 secondes, au niveau d'une BMW M4 de l'époque.

La désactivation d'un banc de cylindres permet de contenir la consommation en usage normal. En conduite sportive intensive, la réalité est tout autre.

24,3 L/100 km

La moyenne relevée sur un essai de 200 km mêlant route et circuit.

Le prix d'accès à ce V6 tourne autour de 90 000 € pour le Stelvio Quadrifoglio, hors options et malus, un tarif comparable à ses concurrents directs comme le Mercedes-AMG GLC 63 S.

Ce moteur est-il fiable ?

Le bloc lui-même n'est pas le point faible. Les retours propriétaires les plus documentés font état de peu de casse moteur pure : un exemple japonais a parcouru 55 000 km en cinq ans avec une seule intervention moteur, liée à un usage abusif à haut régime prolongé. Les statistiques disponibles sur ce V6 confirment une base mécanique saine.

Ce qui a fait parler en 2016-2017, ce sont des pannes largement médiatisées aux États-Unis par la presse spécialisée, avec des arrêts moteur soudains sur des exemplaires de presse.

Alfa Romeo a attribué ces incidents à un défaut de préparation : les voitures avaient été envoyées directement de l'usine sans passer par les mises à jour habituellement appliquées en concession.

Le point faible réel de la Giulia et du Stelvio Quadrifoglio se situe plutôt du côté de l'électronique embarquée et du système de diagnostic moteur, pas du V6 lui-même.

Questions fréquentes

Alfa Romeo utilise-t-elle un V8 Ferrari ?

Non, jamais tel quel. Le V6 de la Giulia et du Stelvio Quadrifoglio dérive de l'architecture d'un V8 Ferrari (le F154), amputé de deux cylindres, mais il n'existe aucune Alfa Romeo de série équipée d'un V8 complet d'origine Ferrari.

L'Alfa Romeo 4C a-t-elle un moteur Ferrari ?

Non. La 4C embarque un 4 cylindres 1750 TBi de conception propre à Alfa Romeo, sans aucun lien avec Ferrari.

La Giulietta a-t-elle un moteur Ferrari ?

Non. La Giulietta n'a jamais reçu ce V6 : ses motorisations se limitent à des blocs 4 cylindres Fiat/Alfa classiques, essence Multiair ou diesel JTDm.

Combien coûte une Alfa Romeo avec ce moteur ?

Neuve, comptez environ 90 000 € pour un Stelvio Quadrifoglio hors options. En occasion, les prix varient fortement selon le kilométrage et l'année, la Giulia Quadrifoglio de première génération étant généralement plus accessible que le Stelvio équivalent.

Pourquoi Ferrari fournit-elle des moteurs à Maserati et pas seulement à Alfa Romeo ?

Ferrari, Alfa Romeo et Maserati ont longtemps appartenu au même groupe (Fiat, puis FCA, aujourd'hui Stellantis pour Alfa et Maserati). Ce partage de technologie motrice répond à une logique industrielle interne au groupe. Le cas Maserati va plus loin que le cas Alfa : son V6 F160 est effectivement conçu et construit par Ferrari, contrairement à celui de l'Alfa Romeo.